© Mayotte Magnus The BP Society

Des femmes remarquables de Barbara Pym, coup de cœur de la presse et des blogs

« La réédition d’un des brillants tableaux de la middle class londonienne d’après-guerre dont Barbara Pym avait le secret. Un régal.
Miss Pym connaît la noirceur du monde et les faiblesses humaines. Elle n’en fait pas un drame. Cela donne un roman doux et chaud comme du velours, où l’on écoute la TSF le soir en solitaire et où des célibataires en robe liberty guettent les allées et venues des voisins dans l’escalier. C’est à quoi s’applique la romancière, avec une malice terrible, un œil vif, une tendresse rare. »
Le Figaro littéraire
 
« L’un des meilleurs crus de Barbara Pym, l’une de ces Anglaises qui ne sortent jamais la bouilloire sans l’ironie. Un régal. »
Figaro Madame
 
« La classe moyenne britannique est le biotope auquel s’est exclusivement consacrée la romancière, dans des fictions où l’intrigue, résolument réduite, est avant tout au service d’une observation méticuleuse du comportement des personnages, femmes et hommes ordinaires aux prises avec des situations sentimentales ou domestiques qui le sont tout autant… tout simplement le métier de vivre, d’espérer, d’aimer, d’accepter la solitude, d’être heureux parfois, d’encaisser souvent les désillusions et les défaites.
En cet art, dans lequel, depuis Jane Austen, les romancières anglaises n’ont cessé d’exceller, Barbara Pym se révèle l’une des plus affûtées… De toutes, Pym est la plus méthodique. »
Télérama
 
« Comment réussir sa vie dans les fifties quand on est une Anglaise célibataire et ennuyeuse ? La grande Barbara Pym promène sa plume malicieuse sur la middle class et nous vibrons d’un plaisir régressif. »
Elle
 
« La très attachante Pym est par son humanité même de celles qui transcendent leurs personnages du commun, les lustrent en deux phrases et leur ajoutent avec grâce un grain de sel prometteur : l’esprit. »
Le Matricule des anges
 
« Le plus régalant chez Barbara Pym est sans doute cette façon de parler d’amour, de l’amitié, des liens du mariage, de la solitude, avec une douceur teintée de cet humour anglais qui nous fait si cruellement défaut et rend la vie moins grave. Rééditer Barbara Pym, c’est nous offrir la chance de redécouvrir un très beau style, une plume délicate comme le parfum d’une bonne tasse de thé. »
Nord éclair
 
« Barbara Pym réussit là une petite merveille de douceur qui traite de la vie et du quotidien avec justesse. Une auteure à redécouvrir ou à découvrir pour tous les amoureux du style British ! »
Lilyn, blog
 
« C’est une lecture vraiment réjouissante. On ne s’ennuie par un instant et on savoure chaque phrase un sourire aux lèvres. Je le conseille mille fois. »
The Book Carnival, blog
 
« Je vous encourage fortement, si ce n’est pas déjà fait, à découvrir la plume de Barbara Pym. Vous retrouverez le charme de l’Angleterre, avec une plume drôle et tendre à la fois. Je suis persuadée que vous tomberez sous son charme. Lire un roman de Barbara Pym, c’est revenir dans une Angleterre verdoyante et paisible, et surtout, y revenir avec plaisir. »
Kabaret Kulturel, blog
 
« Des femmes remarquables est un roman délectable qui narre les petits riens de l’existence avec juste ce qu’il faut de pointes d’humour pour faire sourire de situations a priori peu engageantes. Le point de vue de Mildred, accompagné d’autodérision, est un vrai bonheur à lire. »
Chocolat cannelle, blog
 
« Rien ne sert de s’armer contre leur charme, les Anglaises nous emballent à tous les coups. Lorsqu’ils ont de l’humour, les Anglais aussi d’ailleurs. Mais les Anglaises et en particulier Barbara Pym ont quelque chose de si violemment subtil, qu’on reste interdit...
On a beau lutter contre le sourire, on est toujours submergé à un moment ou à un autre. L’humour anglais, ce n’est pas rien. »
L’Alamblog, blog
 
«  J’ai littéralement savouré chacune des pages de ce roman, depuis la première jusqu’à la dernière – au début je les cornais même frénétiquement pour retenir les passages qui me faisaient sourire avec un petit pincement au cœur. »
Le blog d’Ellettres, blog
 


© DR

La Rue d’Ann Petry, un roman « explosif » à l’honneur dans les médias !

Un premier roman poignant, par une auteure injustement oubliée dans l’héritage du Harlem Renaissance, un véritable morceau de bravoure vendu à plus d’un million d’exemplaires lors de sa parution aux États-Unis, en 1947. Dans le Harlem des années 1940, le combat acharné de Lutie Johnson, jeune mère célibataire noire, qui tente de s’élever au-dessus de sa condition…
« Explosif, La Rue questionne et ébranle. Vendu à plus d’un million d’exemplaires lors de sa parution aux États-Unis en 1946, cette chronique sociale, historiquement datée et portée par un réalisme brut, est aussi une grande histoire universelle, les luttes de Lutie étant identiques à celles auxquelles nous sommes encore parfois confrontés. »
Page des libraires
 
« Un roman social où nous suivons le quotidien de Lutie et de ses voisins et son combat pour protéger son jeune fils des affres de la rue où règnent la misère et la violence… Un remarquable ouvrage à redécouvrir aux éditions Belfond. »
7Officiel
 
« Succès oubliés des années 40, ce roman témoigne des conditions de vie à Harlem, New York, pour une jeune femme noire que tout pousse à la prostitution, et qui s’y refuse… Et la description d’un milieu âpre très réussie. »
Le Soir
 
« Avec ce roman, Ann Petry donne toute sa puissance et sa raison d’être à la littérature. Elle tend à la société ce miroir qui doit l’aider à se voir, à se penser, à se corriger. C’est brillant, clairvoyant. C’est une pépite dorée qui a eu raison de son succès. »
Kanimezin, blog
 
« La Rue d’Ann Petry est une exploration magnifique et brutale des difficultés et obstacles auxquels doit faire face une jeune mère, noire et célibataire, dans le Harlem des années 40, en faisant tout son possible pour améliorer la vie de son fils… »
Biblio-Oli, blog
 
« Terriblement d’actualité, ce roman écrit par Ann Petry (auteur afro-américaine) publié en 1946, n’a pas pris une ride. Best-seller, le roman est republié par les éditions Belfond dans le cadre de la collection Vintage, qui réhabilité des romans tombés injustement dans l’oubli. C’est une très bonne initiative et je suis ravie d’avoir découvert La Rue et Ann Petry. »
Livre et compagnie, blog
 


(c) M. Ardle

Novembre de Josephine Johnson, une pépite qui enthousiasme la presse et les blogs !


« Cette tranche de vie d’une famille américaine traversant la crise est remarquable de justesse et de tendresse. Ce roman publié en 1934 fut couronné par le prix Pulitzer. »
Le Courrier de l’ouest
 
« Écrit en 1935, ce très beau roman raconte l’histoire de trois sœurs qui vont plonger de la misère dans la tragédie… Magnifique écriture, pleine de délicatesse et de poésie. »
Radio Coteaux
 
« Auréolé du prix Pulitzer en 1935, ce superbe roman sur la Grande Dépression s’offre une toute nouvelle publication… L’histoire d’une famille que la misère et la tragédie guettent et qui reste furieusement d’actualité, plus de 80 ans plus tard. »
Terrafemina
 
« Un beau roman sur la Grande Dépression, un roman de la résignation devant un désastre naturel qu’il est impossible de combattre. Résignation donc, mais pas pour autant renoncement, car cette plongée dans la middle class frappée par la pauvreté montre aussi la volonté sans faille d’un patriarche refusant de baisser les bras face à l’adversité, persuadé qu’il lui suffit de courber l’échine le temps des vaches maigres avant de pouvoir se redresser. Un roman d’une actualité brûlante au moment de sa publication et dont la thématique reste malheureusement au goût du jour, 80 ans plus tard. »
D’une berge à l’autre, blog
 
« Un roman vibrant de tragédie, de poésie, sur la Grande Dépression et ses ravages, qui ressort de l’oubli, grâce à un éditeur qui prend soin de remettre en lumière les grands romans du siècle passé. Un livre qu’on ne lâche pas avant la fin, tellement la plume magnifique de l’auteure nous envoûte. Encore une belle découverte que Belfond nous propose pour démarrer la 5e saison de sa collection Belfond Vintage. Un roman que je vous encourage très fortement à (re)découvrir. »
Kabaret Kulturel, blog
 
« Un livre troublant, à la fois beau et profond, tout en étant profondément révélateur de toute une Histoire. »
Publik.Art, blog
 
« Une superbe découverte pour moi, très impressionnée par cette plume si jeune, mais jamais juvénile. Coup de cœur pour cette jolie Joséphine et sa Margot. »
La livrophage, blog
 


© The British Library - Rue des Archives

Le grand Lionel Davidson

Le déclin du roman d’aventure est l’une des conséquences les plus regrettables de la fin de l’empire britannique. L’enthousiasme avec lequel Rider Haggard, Robert Louis Stevenson et John Buchan propulsaient leurs courageux héros au cœur de contrées inexplorées, reflétait l’esprit pionnier propres aux constructeurs d’empires. Mais quand Buchan est mort en 1940, le genre était déjà moribond, seuls quelques adeptes tentaient pathétiquement de se raccrocher à la gloire d’un temps passé.
Ou, du moins, c’est ce que je pensais jusqu’à ce qu’un ami me recommande de lire les romans de Lionel Davidson (1922-2009). Une fois ouverts, j’ai dévoré tous les textes de cet auteur, qui réussit à allier l’aventure extrême à la plus haute intelligence. Une prouesse aussi rare que louable.
 
Davidson a remporté trois fois le Gold Dagger Award, un véritable record, qui n’a probablement été égalé que par Ruth Rendell. Et bien que nombre de ses romans soient qualifiés de « thrillers », il n’était que peu intéressé par les espions professionnels d’un John le Carré, il préférait mettre en scène un amateur et le projeter en terre hostile : le torride désert de Néguev, par exemple, ou l’immensité sibérienne. Pour ses contemporains, Davidson était l’un des derniers trésors d’un genre oublié. Daphné du Maurier l’appelait le « Rider Haggard d’aujourd’hui » et Graham Greene disait de ses premiers textes : « Je n’avais pas réalisé à quel point je méconnaissais le roman d’aventure, jusqu’à ce que je lise The Rose of Tibet (1962). »
 
Quand il commence à écrire dans les années 1950, Lionel Davidson est un journaliste freelance fauché, avec femme et enfants à charge. Il se met alors en tête d’écrire un bestseller, il travaille dur et imite les maîtres du genre en essayant de reproduire la recette miracle qui caractérisait Rider Haggard et ses pairs : ce doux équilibre entre la fertilité de l’imagination et la vraisemblance de la narration. Mais ce qui permit à ses livres de ne pas être considérés comme de simples pastiches, est la virtuosité de son style.
Sceptiques, iconoclastes, sans prétention et soucieux de retranscrire les pensées et les comportements des gens ordinaires, les romans de Lionel Davidson sont indéniablement l’œuvre d’un écrivain de la génération des « Jeunes gens en colère »*.
Nicolas Whistler, l’indolent et jeune narrateur de son premier roman, Un Tchèque se barre (1960), serait consigné chez lui dans les œuvres d’un John Osborne ou d’un Kingsley Amis. Et ce qui est drôle chez Davidson, c’est justement de voir comment ce genre de personnage réagit lorsqu’il se fait prendre au cœur d’un réseau d’espionnage tchécoslovaque.
Selon Peter Hitchens, un grand fan du romancier, l’œuvre de Davidson présente l’une des violences les plus dures de la littérature, une remarque qui suggère une connaissance sans doute peu approfondie des thrillers primés d’aujourd'hui, mais qui souligne néanmoins un point intéressant. Il est vrai que ce qui fascine chez Lionel Davidson, c’est la justesse avec laquelle il rend compte des premiers démêlés d’un homme sans histoire avec la violence.
Davidson travaillait beaucoup ses textes et n’a publié que huit romans et quatre livres pour enfants au cours de sa vie. Malgré son succès commercial ainsi que l’admiration que lui vouaient les critiques, il a disparu du paysage littéraire, peut-être était-il simplement trop original ?
Mais depuis 2008, les éditions Faber proposent l’œuvre de Davidson dans le service de réimpression à la demande, et cet auteur méconnu a prouvé qu’il était l’un des plus demandés. Il a également reçu le soutien du fameux Philip Pullman, qui a rédigé l’introduction de la réédition de Johnny Porter et le secret du mammouth congelé. « Tout simplement le meilleur thriller qu’il m’ait été donné de lire », écrit Pullman.
Ce roman met en scène le plus « James Bond » de tous les héros davidsoniens, Dr Johnny Porter, indien, professeur d’anthropologie, capable de se fondre dans la masse comme de se faire passer pour un navigateur coréen ou un routier lapon. Sa mission : braver l’enfer gelé sibérien et retrouver une station de recherche secrète, où les soviets élèvent des singes parlants.
Comme pour beaucoup de ses romans, une description brute de l’intrigue ne rend pas justice au texte… Mais un bon romancier peut vous faire croire en n’importe quel conte, et Lionel Davidson excelle en la matière.

* : « Angry Young Men », groupe d’auteurs dramatiques des années 1950
 
Extraits, source : http://www.telegraph.co.uk/culture/books/11451620/Lionel-Davidson-the-best-spy-novelist-you-might-never-have-read.html
 


(c) Photograph of Thornton Wilder is courtesy of the Wilder Family LLC and the Yale Collection of American Literature

 

Dans la veine de Gatsby le Magnifique, Mr. North ravit la presse et les blogs

« Dans cette comédie de mœurs à la fois tendre et cynique, Theophilus North, tour à tour amant, professeur, médecin, anthropologue et magicien, brosse au fil de ses rencontres le portrait d’une époque. Thornton Wilder livre un roman au charme intemporel qui n’est pas sans rappeler Gatsby le Magnifique. »
Ouest France
 
« On se souvient surtout de Thornton Wilder (1897-1975) comme d’un élégant dramaturge et l’un des scénaristes du film d’Alfred Hitchcock, L’Ombre d’un doute. Mais rares sont les romans de cet ancien caporal de l’armée américaine qu’on peut trouver en librairies. Parmi d’autres pépites (d’Erskine Caldwell et Irmgard Keun), l’excellente collection Vintage des éditions Belfond propose le dernier roman de Thornton Wilder, Mr. North, qui n’est pas sans rappeler le chef-d’œuvre de Scott Fitzgerald. Comme Gatsby le roman se déroule dans les années 1920, et raconte la fascination d’un jeune homme pour la société huppée du nord-est des États-Unis. »
L’Obs
 
« En 1926, Theophilus North démissionne de son poste d’enseignant et s’installe pour quelques mois à Newport, Rhode Island… Il s’amuse, mais sérieusement, et grâce à lui nous entrons dans une société aussi fermée que fidèle à ses privilèges. »
Le Soir
 
« Rares sont les romans que je lis à « l’économie », un chapitre par soir pour ne pas les terminer trop vite, Mr. North en fait partie… Si, comme moi, vous aimez les écritures élégantes et malicieuses, de même que les ambiances délicieusement surannées, vous allez vous régaler ! »
Les battements de mon cœur - blog
 
« J’avais vu le film à sa sortie en 88, qui ne m’a pas laissé un grand souvenir malgré les noms illustres sur l’affiche, mais le livre que j’ai découvert grâce à sa réédition chez Belfond dans la collection Vintage, est bien plus intéressant, tant l’ombre de Fitzgerald plane sur cet univers balnéaire dandy et mélancolique… Un grand livre à redécouvrir… »
Baz’Art des films, des livres – blog


(c) Jackson Family Collection

Le Poison, un morceau d’anthologie qui enthousiasme la presse et les blogs


« Acclamé par la critique, traduit en quatorze langues, écoulé à un demi-million d’exemplaires, ce premier roman de Charles Jackson (1903-1968) avait connu un succès inattendu en temps de guerre… L’essentiel est dans le monologue intérieur du personnage et la finesse psychologique que manifeste l’auteur – lui-même alcoolique – dans la description des mécanismes de la boisson, symptôme après symptôme, une humeur chassant l’autre. »
Le Monde des livres
 
« Une écriture sans concession, pourtant empreinte d’une certaine tendresse, soutient ce monologue intérieur implacable et bouleversant, ces variations d’une conscience sous l’emprise de l’alcool. Le rythme constamment tendu et la précision chirurgicale du récit, sa terrifiante lucidité, ont fait du roman de Charles Jackson l’un des chefs-d’œuvre intemporels de la littérature de l’addiction. »
Le Tarn libre
 
« Entre lucidité et poésie, le roman de Charles Jackson fait preuve d’un réalisme percutant qui nous invite à découvrir les incohérences psychologiques d’un personnage anéanti par son alcoolisme et ses repentances passagères. »
BSC NEWS
 
« D’une sincérité et d’une belle justesse quant au processus autodestructeur de l’alcoolisme, Charles Jackson se fait ici cousin éloigné d’écrivains comme Charles Bukowski ou Hubert Selby, Jr., avec une même faculté à décrire une descente aux enfers… Bravo à cette décidément incontournable collection Vintage de nous avoir fait redécouvrir ce roman culte sur l’addiction, introuvable depuis plusieurs décennies. »
Baz’art, des films, des livres – blog
 
Un roman culte et un véritable succès du grand écran ! Le Poison a été adapté au cinéma par Billy Wilder en 1945 et a reçu entre autres quatre Oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scenario, meilleur acteur), le Grand Prix du Festival de Cannes 1946 ainsi que celui de l’Interprétation masculine pour Ray Milland. Pour découvrir la bande-annonce :
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19486341&cfilm=65267.html


 

(c) Mark Gerson-National Portrait Gallery, London

"La Ferme de cousine Judith" : une presse dithyrambique !

« Pauvre orpheline ou vieille fille en difficulté, les héroïnes de Stella Gibbons (1902-1989) n’en gardent pas moins toutes leurs chances dans la vie – c’est qu’elles sont débrouillardes et volontaires, voire têtues. Ces deux romans de la grande dame anglaise [Le Célibataire aux éditions Héloïse d’Ormesson, La Ferme de cousine Judith] ont en commun le goût de la fronde et des renversements de situation…. Le Célibataire se plaît à découdre les certitudes bourgeoises et leurs petites médiocrités. On retrouve la  même impertinence dans La Ferme de cousine Judith (1932), grâce au personnage de Flora, jolie Londonienne sans le sou qui doit se replier à la campagne chez des cousins éloignés…. Stella Gibbons se délecte à évoquer les conflits sociaux et sentimentaux. La comparaison avec Jane Austen n’est pas hasardeuse, car ses portraits caustiques de la société anglaise sont d’une perfidie exemplaire. »
Télérama
 

« Écrit en 1932 et culte en Angleterre, ce roman désopilant affirme une liberté de ton incroyable, encore aujourd’hui : une orpheline londonienne de 19 ans préfère squatter chez de lointains cousins ayant une ferme dans le Sussex plutôt que de chercher un emploi ou un mari. Débrouillarde et hypermaligne, la jeune Flora entreprend de transformer la vie de cette famille de paysans dans une optique très personnelle. Un régal ! »
Madame Figaro
 

« C’est un miracle. Vous lisez trois ligne et vous débarquez sur un trottoir de Londres au début du XXe siècle, vous entrez dans la peau de Flora, de Vartouhi ou de Constance [Le Célibataire], figures hautes en couleur et douées d’un impayable sens de la répartie… On s’amuse beaucoup car, même en temps de guerre, rien n’est apparemment très grave chez Stella Gibbons. Cependant, derrière les amourettes frivoles et les formules savoureuses percent un état d’esprit et un combat de premier plan. C’est d’émancipation féminine qu’il s’agit. Et même d’émancipation tout court. Animée d’un sens de la justice visionnaire, Stella Gibbons renverse les barrières sociales pour donner le pouvoir aux femmes, surtout lorsqu’elles sont pauvres et intelligentes. Pourquoi se priver de s’amuser lorsqu’on peut construire un monde meilleur en même temps ? »
Elle
 

« Les livres de cette romancière, disparue et très renommée outre-Manche, sont dotés de cet humour so British dont on raffole. Dans cet opus, on suit les aventures hilarantes de Flora Poste, devenue orpheline et pauvre à 20 ans, après avoir vécu dans la bonne société londonienne du XXe siècle… Stella Gibbons décrit les travers de la middle class avec une ironie mordante qui rappelle celle de Jane Austen. Profitez de l’été pour la découvrir. »
Version Femina


 

(c) Janet Fries

Mrs. & Mr. Bridge

Œuvre en diptyque, fondatrice de la littérature américaine d’après-guerre, adulée par des générations entières de romanciers, de Thomas Savage à Lionel Shriver, en passant par David Nicholls ou Matthew Thomas, Mrs. Bridge et Mr. Bridge ont également séduit la presse…

Couple de légende
"On redécouvre Evan S. Connell (1924-2013). À la fin des années 1950, cet Américain oublié avait obtenu un grand succès avec Mrs. Bridge, le portrait d’une femme au foyer de Kansas City entre les deux guerres mondiales. Un portrait lisse en apparence mais qui cachait en réalité un terrible cauchemar existentiel. Dix ans plus tard, en miroir de Mrs. Bridge, Connell écrit son pendant, Mr. Bridge, si bien que le tableau du couple bascule cette fois du côté masculin. Les éditions Belfond rééditent aujourd’hui les deux parties de ce diptyque familial que l’écrivaine Lionel Shriver décrit dans sa préface comme une « exquise tragédie en miniature ». Douce aliénation pour elle, impuissance à communiquer pour lui, prison des apparences pour les deux, cette épopée minuscule de la vie conjugale est enrobée de beaucoup d’humour et d’ironie. Avec toujours, sous une plume élégante et d’une grande minutie, une extraordinaire attention au détail. Jolie redécouverte d’un couple de légende."
Florence Noiville, Le Monde

La femme
"Le plaisir que l’on éprouve à lire ces 11 courts chapitres doit peu à l’effet vintage. Au contraire, si l’on ignorait que sa première publication remonte à 1959, on croirait à une écriture quasi contemporaine. On n’est pas loin dans Mrs. Bridge, du style fragmentaire d’un Régis Jauffret. Dans une famille très comme il faut de Kansas City entre les deux guerres, un portrait de femme s’articule dans des micro-événements. Son fils s’obstine à entrer dans la maison par la porte réservée aux domestiques ; sa fille cadette a pour amie une enfant noire ; l’aînée refuse de porter des bas. Lorsque Mrs. Bridge est troublée, des préceptes surannés tels que « Une dame ne sort jamais sans son sac » la rassurent. Mais si la vulnérable Mrs. Bridge offre au monde une image lisse, elle n’en est pas moins traversée de doutes métaphysiques. C’est l’archétype de la femme aisée au foyer opprimée par son mari, ses enfants et surtout elle-même, qui est mis à mal."

L’homme
"Lorsque Evan S. Connell a l’idée, dix ans après de la publication de Mrs. Bridge, de se lancer dans un second volume, c’est un challenge ambitieux. Il va lui falloir retrouver l’acuité du trait tout en se glissant dans les interstices et les zones sombres du premier livre. Mr. Bridge épousera donc la même structure en chapitres courts. L’auteur approfondit la relation père-fils avec un adolescent déroutant, décrit la trouble admiration qu’il ressent devant sa fille aînée, férue d’avant-garde. Mais, si Mr. Bridge devient plus humain, il n’en reste pas moins un réactionnaire raciste et antisémite. Quant à sa femme, il la côtoie sans jamais la rencontrer. On pourrait, bien sûr, ne lire qu’un seul de ces livres. L’on se priverait d’une expérience passionnante, ce vertige qui saisit au fur et à mesure que se précise la nature de l’étrange solitude à deux que vivent les époux Bridge."
Elle

Madame est servile, monsieur aussi
"Dans la vie d’India Bridge, l’eau du vase se change toute seule. Et pourtant cette héroïne nous attendrit, précisément par son incapacité à appréhender le monde. Ce n’est ni une Emma Bovary ni une Anna Karénine : il n’y a pas de langueur chez elle, pas de romantisme enfiévré ni de fantasmes inaboutis ; seulement une candeur qui rappelle celle de l’enfance. Le roman s’ouvre sur une réflexion qui donne le ton du livre, autour de ce prénom bien trop exotique pour elle : «Jamais elle n’avait pu s’habituer à son prénom. Lorsqu’ils l’avaient appelée India, ses parents devaient certainement penser à quelqu’un d’autre.»"

Chute.
"Evan S. Connell aurait pu s’en tenir là, à une satire bien faite et facile ; il aurait pu se contenter de se moquer à loisir de son héroïne, symbole parfait d’une Amérique stupidement sourde au reste du monde. Mais il fait mieux que cela. Il la malmène, mais il l’écoute, aussi. Nous la plaignons, India, et nous l’aimons. Son cauchemar existentiel, c’est le nôtre. Plus le temps passe, plus elle perd pied, et c’est cela qu’il décrit avec élégance : une chute gracieuse vers la fin. « Rien d’intense, rien de désespéré n’arrivait jamais. Le temps ne passait pas. La maison, la ville, le pays, la vie même étaient éternels ; pourtant, elle avait le pressentiment qu’un jour, sans avertissement et sans pitié, tout ce qui lui était cher, tout ce qui comptait pour elle serait détruit. »"
Extrait, Johanna Luyssen, Libération
 

© Julio Vivas

Iceberg Slim, les confessions inédites d’un mac repenti.

Iceberg Slim, alias Robert Beck, de son vrai nom Robert Lee Maupin, est né à Chicago le 4 août 1918. À dix-huit ans, il s’essaie brièvement à des études dans un des premiers établissements d’enseignement supérieur destiné aux Noirs mais rêve d’un tout autre destin : devenir le plus grand mac des États-Unis. Pendant près de vingt-cinq ans, il va sévir dans les rues de Chicago, au volant de sa Cadillac, entouré de son harem, menant une existence chaotique, entre argent facile, violence et drogues.

Après plusieurs séjours en prison, dont un dernier qui le voit passer dix mois seul dans une cellule de confinement, il décide de se ranger et d’entamer une carrière d’écrivain. En 1967 paraît le premier volet de sa « Trilogie du ghetto », Pimp, une autobiographie saisissante de ses années de souteneur. Suivront Trick Baby la même année et Mama Black Widow en 1969, qui vont faire de lui un des auteurs cultes des lettres afro-américaines. Iceberg Slim, ou plutôt Robert Beck, nom sous lequel il a vécu les dernières années de sa vie, s’est éteint le 28 avril 1992 en Californie.
 
Du temps où j’étais mac, le témoignage inédit d’une icône de la culture noire-américaine :
 
​ Robert Beck, alias Iceberg Slim, a dynamité la littérature afro-américaine des années 1970 avec sa « Trilogie du ghetto » composée de Pimp, Trick Baby et Mama Black Widow. À cette époque, ce n’était pas en librairie qu’il fallait se rendre pour se procurer l’un des ouvrages d’Iceberg Slim, l’auteur noir le plus vendu des États-Unis, mais plutôt chez le barbier noir du coin de la rue, dans une station service ou même dans les couloirs d’une prison. Depuis bientôt cinquante ans, un mythe se construit autour de la figure de ce mac légendaire qui, le premier, a osé raconter le quotidien d’un souteneur noir, son lien cruel avec les prostituées et la misère sociale que tous cherchent à fuir. Avec son exubérance vestimentaire, ses voitures luxueuses et son style de vie flamboyant, Iceberg Slim serait l’une des figures tutélaires du « bling-bling » cette esthétique qui s’est développée dans les milieux du rap et du hip-hop. Le mythe Iceberg Slim a également inspiré des artistes comme Jay-Z ou Snoop Dogg, ou encore donné naissance aux pseudonymes des rappeurs Ice-Cube et Ice-T.
 
Un mythe auquel le rappeur Ice-T et son manager Jorge Hinojosa ont consacré un film en 2012, intitulé Portrait of a Pimp. À l’occasion de la sortie de ce documentaire sur la vie d’Iceberg Slim, Ice-T confie au site Indiewire à quel point il s’identifie à l’homme derrière la légende :
 
« L’histoire d’Iceberg Slim est celle d’une rédemption. C’est l’histoire d’un homme qui a consacré la première moitié de sa vie à s’égarer sur un mauvais chemin et la seconde à aller d’école en école, pour mettre en garde les enfants contre les dangers de ce mauvais chemin. Je me reconnais dans son histoire, moi aussi, j’ai commencé dans la vie en m’égarant. J’ai traîné dans la rue où j’ai magouillé, volé, fait toutes sortes de choses… et aujourd’hui je joue le rôle d’un flic dans la série New York Unité Spéciale ! Mais il y a plus. Je n’ai commencé à rapper que quand j’ai eu quitté ce monde dangereux. Lui aussi a commencé à écrire seulement quand il a eu tiré un trait sur sa carrière de mac. »
 
L’influence d’Iceberg Slim n’est pas restreinte au monde du rap. Son écriture pleine de verve, de colère et son combat pour l’égalité raciale continuent d’inspirer des écrivains, comme Sapphire, l’auteur de Push et du Kid :
 
« Les livres d’Iceberg Slim présentaient les Noirs comme des êtres humains et nous rendaient notre dignité. Avant même d’avoir entendu parler des Panthers, Iceberg Slim m’a fait comprendre qu’il était important d’écrire sur les ghettos. »
 
Ouvrir Du temps où j’étais mac, c’est entendre le témoignage choc de ce que fut la vie sordide dans ces ghettos noirs-américains du milieu du vingtième siècle, que tous préféraient ignorer et sur lesquels personne n’écrivait. C’est également accéder à une galerie de vignettes hallucinantes sur le Chicago interlope des années 1940 et le Los Angeles underground des années 1960. C’est enfin lire la trajectoire unique d’une figure étonnante et ambiguë, la confession d’un mac repenti, engagé haut et fort dans le combat pour les droits civiques.

En savoir plus sur Du temps où j'étais mac
 

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Irmgard Keun lue par Emily St. John Mandel

La romancière américaine Emily St. John Mandel se penche sur l’œuvre d’Irmgard Keun, à l’occasion d’un de ses articles sur le site culturel The Millions. Emily St. John Mandel est l’auteur de quatre romans dont trois sont parus en France aux éditions Rivages. Son dernier roman, Station Eleven, a gagné en 2015 l’Arthur C. Clarke Award, en plus d’être finaliste des prestigieux National Book Award et PEN/Faulkner Award. Elle vit à New York avec son mari.

La vie d’Irmgard Keun, née à Berlin en 1905, est extraordinaire. Auteur de best-sellers à 26 ans, mise sur liste noire par le régime nazi et exilée d’Allemagne en 1936, elle traverse l’Europe en compagnie d’autres intellectuels allemands en exil, ballottée d’un pays à l’autre par les contraintes financières et les services d’immigration. Une vie dans l’ombre qui l’a menée jusqu’aux États-Unis, où, ne pouvant obtenir plus qu’un simple visa touristique, elle parvient pourtant à publier en 1938 la version anglaise de son roman Après Minuit.

Résidant aux Pays-Bas lorsque le pays tombe sous le joug allemand et ne pouvant fuir ailleurs en Europe, elle convainc un officier allemand de lui confectionner un passeport au nom de Charlotte Tralow (son second prénom et le nom de son ex-mari) tout en répandant la nouvelle de son suicide, afin de rejoindre l’Allemagne nazie. En août 1940, le journal anglais Daily Telegraph annonce officiellement son pseudo-suicide à Amsterdam. Elle est en réalité réfugiée à Cologne, chez ses parents, et y restera jusqu’à la fin de la guerre.

Le talent d’Irmgard Keun est spectaculaire. Elle est parvenue à représenter les horreurs politiques dont elle a été la victime avec beaucoup de légèreté, parfois même avec humour. La Jeune Fille en soie artificielle et Après Minuit forment un duo passionnant. La Jeune fille en soie artificielle est son second bestseller, publié en 1932. Le Los Angeles Times l’a résumé comme : « Le charmant aperçu de la vie d’une jeune fille des années 1930 » ; ce qui laisse songeur. Si la jeune héroïne-narratrice est tout à fait charmante, le roman lui-même est pourvu d’un charme sombre et cynique.

La Jeune Fille en soie artificielle    

Doris, 19 ans, belle mais têtue, ne rêve que d’une vie de luxe et de paillettes. Elle embarque pour cela dans une vie de mondanités, poussée par l’espoir d’être touchée par le glamour, par une grâce qui ne cesse de lui échapper. On suit tout au long du roman sa longue et poignante dérive, de respectable secrétaire Colognaise à clocharde abandonnée dans les rues de Berlin. Doris flirte avec la folie et serait capable de s’affamer plutôt que de vendre la fourrure hors-de-prix qu’elle a volée au début de sa quête (cette fourrure semble être, en toute vérité, sa seule amie, à laquelle elle offre même un cadeau de Noël). Un manteau qui représente la vie à laquelle elle aspire et qu’elle ne laissera lui échapper sous aucun prétexte.

Doris est si aveugle aux tempêtes politiques qui l’entourent, qu’on ressent un certain malaise à la lecture. Un industriel qu’elle fréquentait l’a laissée tomber « à cause de la politique ». Doris hait la politique. Elle est prête à devenir tout ce qu’un homme peut attendre d’elle, sauf lorsqu’elle mésinterprète ses intentions : « Il me demande si je suis juive, moi aussi. Oh mon Dieu, je ne le suis pas – mais si c’est ce qu’il aime, je peux bien l’être pour lui et je réponds : Bien sûr, mon père s’est justement foulé la cheville à la synagogue la semaine dernière. »

La Jeune Fille en soie artificielle est en fait le journal de Doris. Elle s’efforce d’y écrire le scénario de sa vie, elle qui espère s’élever rapidement en tant que star de cinéma ou personnalité glamour, mais peine à donner de la consistance à une existence faite d’épisodes éclatés. On a comparé le roman à Sex and the City, mais Doris me rappelle plus le couple de Les Heureux et les damnées de Fitzgerald. Elle est prête à endurer toutes les indignités dans l’espoir de ne pas avoir à travailler pour vivre. Elle est d’ailleurs convaincue d’être spéciale : « Je pense que c’est une bonne chose de tout écrire, car je suis une personne inhabituelle. » Mais elle est surtout convaincue qu’il lui suffit d’être belle et disponible pour qu’un homme lui offre la vie de ses rêves sur un plateau d’argent. Pour elle, c’est épuisant : « J’aimerais pouvoir enfouir mon visage dans mes mains, rendre tout cela moins triste. C’est si difficile, parfois, de travailler dur chaque jour pour devenir une star. Et toutes ces autres femmes, autour de moi, travaillent dur également. »

Le roman possède une qualité intemporelle, faite de fines observations qui sont toujours d’actualité, sur l’illusion du succès ou des standards de beauté perpétués par notre société ou encore sur l’hypocrisie qui entoure le sexe et l’argent : « Si une jeune héritière épouse un vieil homme uniquement pour des raisons financières et et lui fait l’amour pendant des heures avec un air pieux, c’est une bonne mère, une honnête Allemande. Si une jeune fille pauvre couche avec un homme aussi pauvre qu’elle parce qu’il est beau et qu’elle l’apprécie, c’est une chienne et une putain. »

Des paragraphes comme celui-ci se moquent ouvertement des éléments les plus conservateurs du paysage littéraire allemand. Geoff Wilkes cite Kurt Herwarth Ball qui a écrit en 1932 une critique du roman en incriminant la morale si peu conventionnelle de Doris et terminait son papier en incitant Keun à « écrire avec l’esprit allemand, s’exprimer avec l’esprit allemand, penser avec l’esprit allemand et se retenir de vilipender aussi vulgairement la féminité allemande. » Écrire, parler, penser avec l’esprit allemand ? Quel esprit au juste ? Quelle Allemagne ? Il est difficile de concevoir une injonction aussi intolérable faite au féroce esprit d’indépendance et d’intellect de Keun. En tant qu’écrivain, je n’ose même pas penser à la furie dans laquelle me plongerait un critique qui essaierait de me dire comment penser.

Il y a des similitudes apparentes entre La Jeune Fille en soie artificielle et Après Minuit. Les narratrices des deux œuvres sont de très jeunes femmes cheminant dans le paysage miné de l’Allemagne pré-nazie. Mais les deux romans sont malgré tout très différents. Après Minuit est publié en 1937, en exil, après que l’auteur a fui le nazisme. Ce roman est noir, plus prenant et certainement plus accompli.

Après Minuit
 
Après Minuit se déploie sur une unique soirée, parsemée de flash backs et de digressions sur le passé des personnages, avec, comme point d’orgue, une fête catastrophique. En 1937, un personnage totalement déconnecté de la politique est déjà plus difficile à concevoir et Suzon, la narratrice, est tout sauf indifférente aux bouleversements qui s’opèrent autour d’elle.  Intelligente et observatrice, elle constate que le pays devient fou et qu’elle subit un joug silencieux, mais insupportable. Son amie Gerti souffre autant que Suzon, mais il lui est plus difficile de contenir sa furie, au point qu’il lui arrive d’insulter les officiers SS dans les bars. Gerti est amoureuse d’un jeune homme en partie juif et Suzon accompagne parfois le couple en public : « Souvent je les accompagne : c’est moins compromettant pour eux. Mais cela ne m’amuse pas : j’ai l’air d’une imbécile. J’ai peur… à crier. Ils sont si jolis, si gentils tous les deux et demain ça finira peut-être par la prison. Pourquoi sont-ils si fous ? Je ne comprends pas. D’autres dansent, eux pas, c’est défendu. La radio joue un morceau de violon doux comme un lit. Dans le vin la lumière joue en mille reflets colorés. Il est aigre ce vin, mais on y boit ces brûlants rayons colorés. »

Sa prose est magnifique. La vie continue, dans toute sa beauté et sa complexité, avec ses histories d’amour et d’amitié alors que les portes d’un état policier viennent de se refermer et que le monde a cessé d’être cohérent. Un monde dorénavant terriblement dangereux, où donner la mauvaise réponse, exprimer la mauvaise opinion ou être avec la mauvaise personne signifie la mort. Suzon vit à Francfort avec son frère et sa belle-sœur. Elle a dû fuir Cologne après que son horrible future belle-mère l’avait dénoncée à la Gestapo. Suzon a été dénoncée non seulement parce qu’elle a affirmée haut et fort son mépris pour les discours nazis à la radio, mais également parce qu’il était dans l’intérêt financier de cette femme que son fils ne se marie pas avec elle. Si l’on dénonce l’un de ses concitoyens, c’est souvent parce qu’on y trouve un intérêt tout personnel. Un marchand parvient par exemple à faire fermer l’un de ses concurrents en dénonçant ses activités subversives tout à fait imaginaires à la police.

Les cris des prisonniers torturés s’échappent d’une prison, sur la route d’un trolley. La tension est indicible : « Je suis lasse. La journée a été si agitée, si fatigante ; la vie est toujours ainsi maintenant. Je ne veux plus penser ; je ne peux plus penser. Dans ma tête, rien que des taches claires et des taches sombres qui tournent… » Il est tentant, bien que peut-être trop facile, de projeter le désespoir de Suzon sur une autre jeune femme. L’écriture d’Imgard Keun est émouvante, convaincante, particulièrement quand il s’agit de retranscrire l’insupportable stress d’une vie sous le Troisième Reich, une vie qu’elle a connue. Keun a survécu aux nazis, mais à quel prix ? Lors de ses années d’errances à travers l’Europe, nous raconte Wilkes, elle a confié dans ses lettres qu’elle se scarifiait.

« La dictature a fait de l’Allemagne un pays parfait », affirme un écrivain désespéré à un confrère, dans le dernier tiers du roman, et il ajoute : « Un pays parfait n’a pas besoin d’écrivains. Y a- t-il une littérature au paradis ? Si le monde était parfait, il n’y aurait ni écrivains ni poètes. Le lyrique le plus pur a besoin de pouvoir aspirer à la perfection. Plus de poésie là où la perfection est réalisée. S’il n’y a plus rien à critiquer tu n’as qu’à te taire. »

Mais Keun ne s’est jamais tue. Elle s’est moquée toute sa vie des auteurs qui ont collaboré avec le régime nazi. Elle a même eu l’incroyable audace de poursuivre la gestapo en justice pour la « perte de ses recettes » après que le fruit de son travail a été confisqué en 1933 (cette plainte n’ayant, bien entendu, jamais abouti). Elle a continué à écrire et à être publiée après la guerre, mais avec le succès et la prolificité étourdissante de ses jeunes années en moins. Elle a cependant connu une seconde vague de célébrité lorsque, dans les années 1970, ses romans sont revenus sur le devant de la scène, avant son décès en 1982. Ses œuvres sont un éclatant témoignage de l’ère nazie, à laquelle elle a survécu.

© Jerry Bauer

Isabel Colegate, l’esprit et le charme d’une grande dame des lettres anglaises.

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Héritière d’une vieille famille britannique, Isabel Colegate est née en 1931 dans le Lincolnshire et a vécu pratiquement toute sa vie dans le château de Midford, près de Bath. À dix-neuf ans, elle devient l’assistante d’un agent littéraire, Anthony Blond. Un jour, enhardie, elle lui fait lire un texte de sa création. Enthousiasmé, Blond décide de s’établir comme éditeur en 1958 et de publier la première oeuvre d’Isabel Colegate, The Blackmailer. D’autres romans suivront, mais c’est avec La Partie de chasse, parue en Angleterre en 1980, et chez Belfond en 1987, qu’elle va connaître un énorme succès. Récompensé par le W. H. Smith Literary Award, le roman devient rapidement une oeuvre culte sur le crépuscule de l’aristocratie en pleine époque édouardienne et sera adapté au cinéma en 1987, avec entre autres James Mason et John Gielgud dans les rôles principaux.
Isabel Colegate vit toujours dans le Norfolk avec son mari, leurs trois enfants et nombreux petits-enfants. Elle est membre de la Royal Society of Literature.
 
La Partie de chasse : un roman culte, une incroyable source d’inspiration.  

Imaginez la vie que l’on menait dans une belle demeure perdue au milieu de la campagne anglaise, au début du vingtième siècle ? On y prend le thé tous les après-midi, on s’y habille selon l’étiquette pour dîner et on y organise une partie de chasse avec des invités, afin d’occuper le week-end. Ces règles subtiles, qui ordonnent la vie de la noblesse Edwardienne, sont celles de La Partie de chasse :

À l’automne 1913, Sir Randolph Nettleby organise la plus grande partie de chasse de la saison dans son domaine de l’Oxfordshire. Pour encadrer l’événement, une armée de domestiques et de gardes-chasse est réquisitionnée. Alors que les gentlemen forment un groupe de chasseurs animés par un bel esprit sportif, les ladies tirées à quatre épingles échangent les derniers potins. Le week-end, véritable mise en scène des rituels de la noblesse, s’annonce splendide.  Jusqu’à ce que, entre deux faisans, ce soit un corps humain qui tombe. Et que, d’un seul coup, la compétition devienne malsaine, la chasse se transforme en massacre et les inégalités sociales explosent…

Tous les ingrédients qui créent la fascination pour ce monde de faste, pourtant si fragile, sont réunis : l’apparat d’une noblesse sur le déclin, la tension entre maîtres et valets, la violence latente sous le flegme de l’étiquette anglaise. Une fascination que partage Julian Fellowes, romancier spécialiste de cette période, mais également scénariste et producteur du film Gosford Park ayant remporté l’oscar du meilleur scénario. Dans sa préface inédite, il explique avoir été profondément inspiré par le roman d’Isabel Colegate lorsqu’il a créé sa série culte, Downton Abbey. On retrouve d’ailleurs dans La Partie de chasse un personnage nommé Carson, un golden-retriever appartenant au maître du domaine, ou bien un invité dont les origines exotiques font tourner les têtes…  Au romantisme de Downton Abbey, La Partie de chasse oppose cependant une vision plus cruelle et acérée du déclin de la noblesse Edwardienne.

Isabel Colegate signe un roman au suspense insidieux et aux personnages complexes qui rappelle autant La règle du jeu de Renoir que Le Guépard de Lampedusa, dans l’instantané d’un monde au bord de sa chute. Adapté au cinéma en 1985, source d’inspiration pour d’énormes succès aujourd’hui, un roman passionnant à redécouvrir sans plus attendre. 

Texte : C. Verschaeve I Photo : © Margaret Bourke-White, 1936

Erskine Caldwell, aux origines du roman noir

Interdit et saisi dès sa parution, Le Bâtard annonce les grands thèmes qui irrigueront les livres ultérieurs d’Erskine Caldwell et s’impose comme l’une des œuvres fondatrices du roman noir américain, au même titre que Moisson rouge de Dashiell Hammett et du Petit César de W. R. Burnett. En 1982, l’auteur livrait sa réflexion sur le « métier d’auteur » au magazine américain The Paris Review.
 
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Né le 17 décembre 1903 ou 1902 – les archives ne sont pas formelles sur ce point – près de Moreland, en Georgie, Erskine Calwell a exercé les métiers les plus divers : machiniste de théâtre, marin, footballeur, cultivateur, garçon de café, libraire, journaliste à l’Atlanta Journal, scénariste à Hollywood... De ces expériences, il puise l’inspiration pour décrire la vie des paysans et des ouvriers. Contrairement à son contemporain John Steinbeck, il choisit de dépeindre, sans prendre parti et sans s’apitoyer, des personnages primitifs, aussi dépourvus de préoccupations morales que de ressources matérielles, qui s’accommodent avec innocence de la violence, de la fornication et de la mort. Un style particulier qui va faire de lui un des écrivains les plus censurés des États-Unis, mais aussi l’un des plus lus. De La Route du tabac à Bagarre de juillet, en passant par Le Petit Arpent du Bon Dieu, il vendra près de 80 millions d’exemplaires de ses romans et nouvelles, dont beaucoup seront adaptés au cinéma et au théâtre. Marié quatre fois, père de quatre enfants, Erskine Caldwell meurt le 11 avril 1987 à Paradise Valley, en Arizona.
 
Interview
 
En premier lieu, qu’est-ce qui vous a conduit au métier d’écrivain ?
Au début, je n’étais pas un « écrivain ». Davantage un auditeur attentif. Dans les premières décennies de ce siècle [le xxe], lire et écrire n’étaient pas des activités si répandues. Vous appreniez en tendant l’oreille autour de vous, près de l’égreneuse à coton, dans la glacière, dans la réserve à bois, partout où les gens se réunissaient et n’avaient rien de précis à faire. Là vous appreniez des choses extraordinaires, d’autres tout à fait banales. En ce temps là, on savait raconter, transformer le plus ridicule des incidents, l’idée la plus alambiquée en une histoire passionnante. Voir une énigme à résoudre dans le chant du coq : pourquoi a-t-il décidé de chanter à telle heure du matin ou de la nuit ? N’y a-t-il pas quelques bizarreries là-dedans ? Beaucoup d’auteurs du Sud ont dû tout apprendre de l’art de construire un bon roman en écoutant les gens autour d’eux. Car un fait anodin est déjà une histoire.
 
Et comment vous y prenez-vous pour créer à partir de ce « fait anodin » ?
Vous ressentez soudain une forme de fièvre, mentale et émotionnelle, qui vous soulève et vous emporte. Il faut alors contrôler cette énergie pour écrire. Et lorsque vous mettrez le point final à votre histoire, alors toute cette fièvre, cette passion, aura été épuisée. Vous vous rentrouvrez vidé de tout.
 
Cette « passion »  peut-elle être comparée à une fulgurance, un éclair de génie ?
Non. Et de toute façon, mieux vaut se méfier des éclairs, des flashs. S’attacher à un rêve, c’est risquer de tout perdre. Quand vous vous lancez dans l’écriture d’une histoire, vous devez ordonner vos idées et vous y tenir.
 
Mais vos idées ne naissent pas du néant ?
Évidemment, il vous faut un point de départ, sans cela vous ne vous seriez pas installé devant votre machine à écrire. Quelque soit ce point de départ, il est le socle sur lequel vous allez construire. Mais vous ne pouvez pas attendre que l’inspiration vous saisisse ; elle pourrait ne jamais venir.
 
Et où trouvez-vous ce point de départ ?
Vous voyez passer un bus scolaire et vous vous demandez où il va. Vous imaginez une école, une institutrice. Mais qui est-elle ? À quoi ressemble-t-elle ? Sa vie est-elle intéressante ? Puis, vous vous souvenez de ces profs que vous avez croisés dans votre vie. Et ainsi de suite…
 
Vous faites appel à vos souvenirs, aux profs que vous avez connus. Cette expérience est-elle importante ?
Tout à fait, car l’expérience s’associe à l’imagination. Vous devez utiliser votre imagination pour créer quelque chose qui dépasse la vie, car la vie seule est trop insipide, prosaïque.
 
Est-ce cette étape d’invention, d’imagination, qui vous fournit l’intrigue ?
Pas du tout, pour la simple et bonne raison que les intrigues ne m’intéressent pas. Ce qui me plaît, c’est créer des personnages, ce qu’ils font. Je crois savoir qu’on peut désormais acheter des guides du type : « Les sept règles à maîtriser pour construire une intrigue ». Une intrigue, ça marche pour le roman à suspense, les mysteries, là où l’auteur sait d’emblée comment ça va finir. Je ne sais jamais comment ça finira. J’ai la première ligne, la première phrase, la première page à la rigueur. Le reste se construit tout seul sous ma plume. Seuls quelques signes, des présages, m’annoncent que l’histoire est en train de se conclure.
 
Est-ce valable pour vos romans aussi bien que pour vos nouvelles ?
Il ne s’agit dans les deux cas que de séries d’événements, de distributions de personnages. Je ne fais pas dans la tapisserie, rien n’est figé, je laisse les personnages dire ou faire ce qui doit arriver ensuite.
 
Alors, vos personnages prennent le contrôle sur l’auteur.
Complètement. Ce sont des gens « neufs », totalement imprévisibles. Comme un gosse doit franchir le cap de l’enfance pour devenir un homme, le personnage doit se développer. Vous avez quelque chose qui ressemble à une vision, un aperçu de ce à quoi il ressemble, mais prenez conscience de ce que vous faites, de comment agit votre plume, et vous verrez que c’est lui qui vous dicte le récit, ce qu’il a fait, ce qu’il va faire et pourquoi. Si vous laissez votre personnage évoluer comme cela, bientôt vous serez face à quelqu’un de parfaitement réel. C’est sans doute cela qui le rendra si inoubliable aux yeux du lecteur.
 
Mais vous devez bien avoir une influence sur ces personnages ?
Non, aucune. Je suis là pour observer, rendre compte. L’histoire est toujours racontée par les personnages. Il m’arrive même parfois d’être critique, voire gêné, devant leurs propos, leurs actes – vulgarité, absence de toute morale. Mais je n’ai pas le contrôle.
 
Vous connaissez tout de même leurs motivations ?
Je n’ai pas la prétention d’être un oracle. Il m’arrive d’être totalement incapable d’expliquer les désirs et les motivations de mes personnages. C’est à vous de trouver une explication en eux, car ils sont leur propre création. […]
 
Vous dites ne pas être influencé par d’autres auteurs.
C’est un sujet délicat. Je dois l’éviter, ne pas me laisser influencer par quoi que ce soit. Imaginez, si j’avais été influencé par Shakespeare ou Poe, disons, jamais je ne serais arrivé à leur niveau. Se laisser influencer, c’est accepter d’être toute sa vie sur la deuxième marche du podium, car une imitation ne vaut jamais l’original. Et l’original pour moi, c’est tout ce qui compte. […]
 
On vous accuse parfois de présenter une vision déformée, très éloignée de la réalité du Vieux Sud. Dans le cas de votre roman La Route au tabac, beaucoup disent que vous exagérez le trait dans le tableau que vous faites de la famille de Jeeter Lester.
Beaucoup d’habitants du Sud ont des œillères quand on parle de l’histoire et de la condition de ces gens. Soit ils n’ont pas vu l’extrême pauvreté de l’époque, soit ils n’y ont pas prêté attention. Et ils n’hésitent pas à faire la sourde oreille quand d’autres rappellent ce qu’était le Sud. Du temps où je vivais en Georgie avec mes parents, des familles, trois ou quatre, venaient régulièrement s’asseoir sous notre porche pour réclamer à manger. Grands-mères et bébés en couche, ils restaient là toute la matinée, la main tendue, à gémir. C’est un fait réel, ça a existé. Et j’avoue avoir une fâcheuse tendance à perdre mon sang froid face à ceux qui prétendent le contraire.      
 
Qu’en est-il de vos éditeurs ? Leur arrive-t-il de vous demander de supprimer ou de rectifier des points du récit ?
Je ne me suis jamais retrouvé dans cette situation, où un éditeur vous dit : « Va falloir couper ça. » En fait, ils acceptent toujours le texte tel quel. Max Perkins, éditeur chez Scribner, m’a donné un très bon conseil au début de ma carrière : rester le garant de mon propre texte. Depuis, je refuse tout bonnement de prêter l’oreille aux avis des uns et des autres, changer ci, enlever ça. D’ailleurs, personne n’ose me faire ce genre de remarques.
 
Vous arrive-t-il de relire vos livres après publication ?
Non, généralement je me contente juste de les ouvrir pour voir à quoi ressemble la mise en page. Quand c’est fini, c’est fini.
 
Quel a été le livre le plus difficile à écrire ?
Quand vous êtes jeune, tout ce que vous écrivez est formidable, fluide. C’est un sentiment commun chez tous les jeunes auteurs. Plus vous avancez, plus vous regardez en arrière, plus votre sens critique s’aiguise, y compris envers vous-même. Vous arrivez alors à ce point fatidique où vous comprenez que quelque chose cloche, sans parvenir à mettre le doigt dessus ni à l’arranger. C’est pourquoi je dirais que mes trois derniers livres sont sans doute ceux qui m’ont donné le plus de fil à retordre. Le plus vieux des écrivains est celui qui a le plus de problèmes à écrire. […]
 
Diriez-vous que votre expérience hollywoodienne vous a permis de progresser en tant qu’auteur ?
Certainement pas. Pour moi, cette période ne fut qu’une perte de temps. Comment voulez-vous écrire de la fiction et travailler dans un studio en même temps ? C’est impossible. Je n’ai rien fait d’autre qu’un boulot d’écrivaillon pendant cinq ou six ans. Faut dire que j’avais besoin d’argent et la vérité est que le plus longtemps vous restez, le mieux ils vous paient.
 
Ca fait maintenant près de soixante ans que vous écrivez, qu’est-ce qui vous pousse à continuer ?
Tout comme certaines personnes trouvent du réconfort à chantonner le matin, je dirais simplement qu’écrire me fait du bien.

Extraits de The Paris Review, « Erskine Caldwell, The Art of Fiction, n°62 » paru en 1982, entretien réalisé par Elizabeth Pell Broadwell et Ronald Wesley Hoag.

 
Le livre de l’auteur :
Le Bâtard



Texte : C. Verschaeve l Photo : © Archives photographiques Bruno van Moerkerken, Amsterdam

Jan Wolkers, la redécouverte d’un incontournable des lettres néerlandaises !

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Né en 1925, Jan Wolkers est le troisième d’une famille de onze enfants. Très tôt, il prend ses distances avec l’éducation protestante rigide de ses parents pour étudier les arts plastiques à l’École nationale des beaux-arts d’Amsterdam. Il vit quelque temps à Salzbourg, puis à Paris, où il suit les cours de Zadkine. Au début des années 1960, il épouse celle qui va lui inspirer ses œuvres les plus célèbres. Mais ce mariage tourne vite au divorce. De cette déception, il va tirer un sublime roman d’amour et de deuil, Les Délices de Turquie (1969 pour l’édition néerlandaise ; 1976 pour la première édition chez Belfond), qui sera son plus grand succès littéraire et sera adapté au cinéma en 1973 par Paul Verhoeven avec Rutger Hauer et Monique Van de Ven. Artiste total, sculpteur et peintre de renom, éternel révolté refusant tous les honneurs qui lui étaient proposés, Jan Wolkers s’éteint dans son sommeil en 2007.
 
Un livre mythique, un film inoubliable
 
« Deux pigeons s’aimaient d’amour tendre…
Cette histoire a été racontée sur tous les tons, sur tous les temps. Mais voici que de Hollande nous arrive une passion folle et grave, érotique et drôle, tragique et délirante. Les Délices de Turquie sont à la littérature ce que Le Dernier Tango à Paris fut au cinéma : une entreprise raisonnée de dérèglement de tous les sens. Si l’amour fou du jeune peintre et d’Olga la Rousse rappelle celui de Mona et d’Henry Miller dans Sexus, il respire le vin et les canaux d’Amsterdam, les draps de lit froissés et les crépuscules où l’on se serre l’un contre l’autre. Un livre de nos chevets les plus intimes. »
 
Tels sont les mots de l’éditeur inscrits sur la couverture de la première édition française des Délices de Turquie publiés par Belfond en 1976. Trente-sept ans plus tard, épuisé depuis de nombreuses années, le livre impressionne toujours par sa modernité, sa liberté de ton scandaleuse. Par ses thèmes aussi : désir d’absolu, affranchissement de la religion, art, sexe, mort, folie. Folie amoureuse, surtout.
 
C’est une histoire d’amour comme on en lit peu. Une histoire de passion, vertigineuse, crue, provocatrice, sensuelle et tendre, dans l’Amsterdam des années 1960, à laquelle nulle ne peut rester insensible.
 
Car le livre se dévore dans un élan. Le rythme est dense, les scènes se juxtaposent les unes aux autres. Pas de temps perdu, tout est fluide, visuel. Une qualité qui n’échappe pas au génie du cinéma néerlandais, Paul Verhoeven. Plus connu aujourd’hui pour ses blockbusters hollywoodiens, tels Robocop, Starship Troopers ou le sulfureux Basic Instinct, l’œuvre de Verhoeven a débuté aux Pays-Bas.
Après des études à l’université de Leiden et la réalisation de courts-métrages, Verhoeven s’initie aux longs-métrages au début des années 1970. C’est avec son deuxième film, Turks Fruit / Turkish Delices, sorti en 1973, que le réalisateur rencontre son premier succès international. Interprété par Rutger Hauger et Monique van de Ven, le film confère au roman de Wolkers une nouvelle aura. Peignant sans fard les stigmates d’une époque, ancrés dans un vaste mouvement contestataire d’émancipation culturelle et religieuse, film et livre deviennent le symbole d’une génération.
 
Des mythes à redécouvrir aujourd’hui, sur papier, sur liseuse, et sur grand écran. À l’occasion de la réédition des Délices de Turquie le 10 janvier 2013, la Cinémathèque offre au public une chance exceptionnelle de revoir ce film désormais introuvable, samedi 26 janvier à 14h30.

Le livre de l’auteur :
Les Délices de Turquie